Témoignage kafil- N°1 : Rencontre inattendue

Bonjour , 

Je vous écris pour vous raconter mon parcours kafala au Maroc qui a été très complexe. 

J’ai rencontré une petite fille de 5 mois lorsque j’étais bénévole dans un orphelinat au Maroc en 2021 pendant deux mois .  J’avais 22 ans mais j’ai de suite su que cette petite fille n’était pas entrée dans ma vie par hasard . Nous avons de suite été liées par un lien si fort qui ne s’explique pas vraiment . 

Au début sa mère biologique la visitait chaque mois , ce qui rendait impossible la kafala et j’ai décidé de continuer à entretenir ce lien pour que cette petite fille ait un repère , et toujours quelqu’un sur qui compter. 

À mon retour en france , j’ai continué les aller retours chaque mois au Maroc et ce pendant les 4 dernières années (2021/2022/2023/2024).

J’ai rencontré sa maman biologique qui voulait au départ se marier avec son papa et la récupérer . Son histoire était compliquée mais je l’ai soutenu , j’étais prête à tout pour aider cette petite fille à avoir une famille. 

Sa maman a cessé de venir et a coupé contact avec moi après avoir rencontré quelqu’un , mais j’avais alors le plus précieux pour cette petite fille , son histoire . Je ne voulais pas commencer une procédure de kafala sans connaître l’histoire , la réalité , ses origines. Pour pouvoir lui expliquer un jour , du mieux que je pourrais . 

J’ai alors décidé de commencer la procédure de kafala il y a deux ans , à 24 ans . 

Je me suis rendue dans le bureau de la procureure au tribunal de justice de Marrakech pour demander la kafala , qui m’a été refusé par rapport à mon âge, mais aussi parce que je suis française d’origine convertie et que la priorité était donnée aux Marocains, surtout pour les petites filles . 

J’ai ressenti beaucoup d’injustice à ce moment là , je ne comprenais pas pourquoi on me refusait la kafala alors que le lien était déjà créé depuis 2 ans , c’était très douloureux . L’année qui a suivi , je suis retournée 3 fois dans le bureau de la procureure , dont je sortais toujours en pleurs . 

Mais j’étais convaincue que j’allais y arriver , en tout cas j’allais me battre de toutes les façons possibles pour cette enfant . 

Un an après , en août 2024. La procureure acceptait enfin ma demande , reconnaissant le lien , et cette petite fille ayant atteint 3 ans et demi. 

J’étais accompagnée d’une avocate tout au long de cette procédure au Maroc , mais j’ai effectué beaucoup d’étapes toute seule, on se sent souvent démunies , et chaque étape semble interminable . 

J’ai rassemblé tous les papiers nécessaires, mais il manquait un certificat de résidence au Maroc pour passer devant le juge des mineurs et commencer les enquêtes ( de police, de quartier , religieuse et sociale).

J’ai loué un appartement pendant 6 mois pour avoir ce certificat de résidence, mais à chaque fois le moqadem refusait de me le faire . Ils ne le font plus pour les étrangers il est très difficile voir impossible de l’obtenir . 

J’ai été baladée entre le tribunal et la moqataa de mon quartier plusieurs fois, certains me disant que l’attestation d’hébergement suffisait , d’autres non. Le juge demandant le certificat de résidence . 

Je commençais à désespérer jusqu’à ce que mon avocate m’appelle, le juge a accepté de passer à l’étape des enquêtes avec une attestation d’hébergement seulement . 

Pendant ces 6 mois , je continuais d’effectuer des allers retours au Maroc tous les mois , parfois deux fois par mois . Je voulais être réunie au plus vite avec cette petite fille que j’aime tant mais s’il y a quelque chose que ce parcours m’a appris, c’est qu’il faut être très courageux et s’armer de patience, seul Allah sait le meilleur moment pour le dénouement de notre histoire . 

Après avoir récupéré mon attestation d’hébergement , je suis passée devant le juge des juges des mineurs qui a validé mon dossier , et sa secrétaire m’a donné les 4 enveloppes d’enquête . 

J’étais seule au moment des enquêtes , et je me suis rendue dans chaque institution pour les réaliser . J’ai la chance de très bien connaître le Maroc et les étapes de la procédure que j’ai pu apprendre les 4 dernières années . 

Mais cela reste très compliqué si on ne connaît pas bien le système De la kafala au Maroc ou si l’on est pas accompagnés.

Après les enquêtes , la suite a été assez rapide , mon dossier a été traduit et envoyé à Rabat , qui deux semaines après l’a envoyé au Ministère de la justice à Paris par mail . Le Ministère l’a envoyé quelques jours après dans mon département des Pyrénées orientales . 

Une assistante sociale a pris contact avec moi trois semaines après , me disant au téléphone qu’elle n’avait jamais réalisé d’enquête sociale pour une kafala judiciaire. 

Au début , j’ai eu assez peur , car elle commençait a se positionner comme elle l’aurait fait pour un agrément , l’enquête sociale dans le but d’une kafala étant tout de même différente avec une dimension religieuse importante et qui compte . 

Elle était assez réticente au vu de mon âge (26 ans) et de mon salaire qui est un peu plus élevé que le smic. Elle ne connaissait pas du tout le déroulement de l’enquête pour la kafala et je me se sentie incomprise et jugée au départ . 

Finalement tout s’est très bien passé, elle m’a dit qu’elle s’était renseignée et que le Maroc ayant donné son accord , elle ne pouvait s’y opposer et le rapport serait favorable étant donne la situation . 

Je suis en attente de la suite , et de l’envoi de son rapport au conseil départemental qui le renverra à Paris la suite . 

La situation varie selon les cas , c’est vraiment propre à chaque cas comme j’ai pu le voir pour certaines de mes amies qui ont réalisé une kafala dans la même province que moi au Maroc , chacun de nos parcours a été différent . Certains ont eu plus de facilités, d’autres plus de difficultés. Mais ce qui est certain, c’est qu’il faut vraiment maîtriser la connaissance des étapes à suivre et de nos droits. Le plus difficile comme j’ai pu le voir dans vos storys , ( sur instagram) c’est que lorsque le lien est créé avec l’enfant , chaque départ est un déchirement , une souffrance et pour le Kafil et pour l’enfant . L’intérêt émotionnel de l’enfant n’est pas du tout pris en compte , que ce soit dans le pays d’origine , ou le pays d’accueil qui ne connaît que trop peu de choses sur la kafala .