
Introduction : la résistance à l’appropriation
Dans le cadre de la Kafala, une institution à la fois spirituelle et juridique, le cœur du débat réside souvent dans cette question cruciale : qu’est-ce que cela signifie réellement prendre en charge un enfant sans en revendiquer la filiation ?. En France, cette pratique rencontre encore de nombreuses résistances. On lui reproche souvent son manque de “droits”, notamment en matière de succession, de nom et de filiation légale. Pourtant, derrière ce prétendu vide juridique, se cache une philosophie et une éthique relationnelle qui méritent une attention particulière.
Ce que certains appellent “manque de droits” est en réalité une résistance à l’appropriation
La Kafala, dans sa pureté, incarne un principe fondamental : aimer un enfant sans vouloir l’annexer. Ce qui est souvent perçu comme un manque de droits, une insuffisance légale ou une absence de protections, n’est en réalité qu’un choix éthique. Ce choix n’est ni plus ni moins qu’une résistance à l’appropriation, une manière de refuser de s’emparer de l’enfant, de ses racines et de son histoire. L’enfant reste celui qu’il est, avec son héritage biologique, tout en bénéficiant d’un cadre sécurisant et aimant.
Les familles engagées dans la Kafala ne sont pas à la recherche d’un statut juridique exclusif. Elles ne cherchent pas à gommer l’origine de l’enfant ni à effacer son passé. Au contraire, elles s’engagent dans un acte d’humilité : offrir un cadre aimant, protecteur et sécurisé, sans revendiquer ce que l’on ne peut posséder. Dans cette démarche, il n’y a ni négation de l’enfant, ni non-engagement, mais une vision différente de la parentalité. Cela peut être difficile à comprendre dans une société qui valorise souvent la possession, la continuité biologique, et l’héritage exclusif. Pourtant, la Kafala nous invite à repenser notre rapport à la filiation et à la parentalité. Aimer sans dominer, nourrir sans annuler l’origine : voilà la noblesse de la démarche.
La France doit élargir sa grille de lecture
Il est vrai que la Kafala ne correspond pas au modèle d’adoption plénière, qui reste l’un des repères légaux principaux en France. Le droit français, ancré dans une tradition juridique occidentale, conçoit l’adoption comme une rupture totale avec la famille d’origine, impliquant souvent un changement de nom, de filiation, et parfois même une coupure avec le passé biologique de l’enfant. En revanche, la Kafala, qui n’entraîne pas de modification des origines de l’enfant, fonctionne selon un autre paradigme.
Les institutions françaises peinent à intégrer la Kafala dans leur cadre juridique, d’autant plus qu’elle se distingue de l’adoption, notamment en matière de filiation. Mais cette difficulté n’est pas insurmontable. Le vrai défi, En effet, ce n’est pas la Kafala qui pose problème, mais la limitation du droit français à des catégories figées.
La Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît pourtant la diversité des formes de prise en charge, sans imposer un modèle unique. C’est pourquoi il serait judicieux d’élargir la grille de lecture des autorités françaises pour mieux appréhender des pratiques comme la Kafala.
Repenser l’approche : un modèle hybride possible

Adopter une perspective plus ouverte n’est pas seulement une question de justice pour les familles musulmanes pratiquant la Kafala. C’est aussi une nécessité pour répondre aux défis du monde contemporain. L’enjeu est d’accepter que l’unicité du modèle français d’adoption ne correspond pas aux réalités diverses et variées des parcours de vie. L’État français pourrait ainsi faire preuve d’une plus grande ouverture en intégrant la Kafala comme un mode de protection reconnu, sans chercher à en dénaturer les spécificités. Cela passe par un ajustement législatif qui respecte l’intégrité de la Kafala tout en offrant des garanties pour les enfants concernés. Il ne s’agit pas de renoncer à l’idéal d’une parentalité responsable et bienveillante, mais de reconnaître que d’autres formes de famille existent, qui méritent les mêmes protections et reconnaissances.
Un défi de reconnaissance, pas de droits
Aujourd’hui, ce que les familles kafils demandent, ce n’est pas tant une extension de leurs droits, mais une reconnaissance légale de la Kafala comme un mode de protection légitime. Ce n’est pas un vide juridique, c’est une catégorie à part entière. Ce n’est pas une absence, mais une richesse d’approche de la parentalité.
La France doit s’engager à reconnaître la Kafala non comme un “autre modèle” mais comme une autre façon d’incarner l’amour parental, la protection, et la responsabilité. Ce qui fait défaut, ce n’est pas la loi, c’est la reconnaissance de cette différence. L’État français doit accepter que la Kafala, loin d’être un vide juridique, est un acte profondément humaniste, inscrit dans une éthique de l’amour et du respect des origines, et qui peut parfaitement coexister avec les pratiques légales du droit français.
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