La voix des adopté·e·s oubliés de la Kafala : mémoire blessée, parole retrouvée

Une génération d’enfants devenus adultes sans reconnaissance ni accompagnement

Dans les années 1990 et 2000, des milliers d’enfants ont été recueillis par kafala en Algérie, au Maroc ou dans les pays du Maghreb, puis accueillis en France dans des familles souvent aimantes mais mal informées. Ces enfants n’ont pas été reconnus comme adoptés, ni suivis comme pupilles, ni intégrés à aucun dispositif de protection.

Ils ont grandi hors cadre, sans statut clair, sans suivi post-kafala, sans qu’on leur offre une voix. Aujourd’hui, ces enfants sont devenus adultes. Ils témoignent de leur mémoire blessée, de leurs luttes invisibles et de leur besoin de reconnaissance.

Ce ne sont pas des parcours d’adoption comme les autres. Ce sont des récits de survie, de dignité et de résistance.

Pourquoi cette parole dérange, et pourquoi elle est vitale

Trop longtemps, on a demandé à ces adopté·e·s de se taire au nom de la gratitude. Trop souvent, on leur a fait comprendre que la Kafala devait être honorée en silence. Mais les silences ont des effets. Les non-dits deviennent blessures. L’absence de suivi devient abandon.

À Kafala & Co, nous affirmons haut et fort :

Il n’y a pas de loyauté sans reconnaissance. Il n’y a pas de respect sans vérité.

Ceux qui parlent aujourd’hui ne cherchent pas à accuser, mais à nommer les défaillances pour qu’elles ne se reproduisent pas.

Adopter sans le dire : les dérives de la kafala des années 90-2000

Dans les années 90, de nombreuses familles françaises ont accueilli un enfant par kafala judiciaire, souvent sans agrément, sans accompagnement, et parfois sans comprendre la portée juridique de l’acte.

Beaucoup d’enfants ont été élevés comme des enfants biologiques, présentés comme “adoptés”, sans que leur situation juridique ne corresponde à cette réalité. Cela a mené à :

    • Des ruptures de lien à l’adolescence ;

    • Des blessures d’identité profonde ;

    • Des situations de maltraitance non détectées, car hors des radars de l’aide sociale à l’enfance ;

    • Un sentiment d’abandon renouvelé, chez l’enfant devenu adulte.

Makfoul·e un jour, effacé·e toujours ?

En France, le statut de makfoul·e n’est pas reconnu comme équivalent à celui d’un enfant adopté. L’administration oppose (parfois) des refus à :

    • L’obtention d’un DCEM ou d’une naturalisation ;

    • L’accès à la prime d’adoption ou aux congés d’accueil.

Pire : les institutions demandent parfois un agrément d’adoption pour valider une kafala, ce qui est une erreur juridique. Résultat : des kafils et des enfants marginalisés pour avoir tenté d’aimer et de protéger.

Dire la vérité : la condition pour une réparation

Beaucoup d’adopté·e·s par kafala expriment aujourd’hui :

    • Le manque de transparence sur leur origine ;

    • L’absence totale de dossier, de photo, de prénom d’origine ;

    • L’impossibilité d’accéder à leur propre histoire ;

    • Le besoin de retrouver une fierté d’avoir été recueilli, sans que cela rime avec honte ou tabou.

À Kafala & Co, nous croyons à une autre voie :

    1. Celle qui donne une place pleine et entière à la mémoire.
    2. Celle qui restaure la fierté du makful, du parcours, de la lutte.
    3. Celle qui transmet une parole assumée, documentée, légitime.

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Une génération en marche : transmettre pour que ça ne recommence pas

Nous accompagnons aujourd’hui des makfuls adultes dont qui se posent des questions fondamentales :

    • “Pourquoi personne ne m’a expliqué ?”

    • “Pourquoi suis-je devenu un sujet de honte dans ma propre famille ?”

Et nous écoutons aussi la voix de ceux qui nous écrivent, nous appellent, nous confient leur rage, leur foi, leur mémoire.

Parce que leur histoire est la nôtre.

Parce que leur avenir dépend de la reconnaissance de leur passé.

Notre mission : rendre visible ce qui a été oublié

Kafala & Co, c’est :

    • Une expertise sur la Kafala judiciaire franco-maghrébine ;

    • Un espace de consultation, d’écoute et d’accompagnement post-Kafala ;

    • Une plateforme qui documente et archive les récits oubliés ;

    • Un mur des origines, pour permettre aux enfants et adultes makfoul·es de laisser une trace ;

    • Un journal de bord “Raconte-moi la Kafala”, outil d’ancrage et de mémoire pour les familles.

 Appel à action : reprenons la parole

Tu es toi-même concerné·e par la kafala dans les années 90-2000 ? Tu as vécu des silences, des ruptures, des souffrances non dites ?

Tu veux transmettre ton histoire, même anonymement ?

Partage ton récit ici [lien formulaire témoignage]

Nous croyons en la puissance des mots. En la guérison par la parole. En la force du collectif.

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