Quand consulter un psy post-Kafala ? Briser le tabou pour sécuriser l’enfant confié

Dans la communauté, l’idée de consulter un psy reste encore teintée de suspicion. Trop souvent associée à la “folie”, la démarche thérapeutique est repoussée à “quand ça ira vraiment mal”. Mais lorsqu’un enfant a traversé l’abandon, l’instabilité ou la rupture, cette approche tardive peut faire perdre un temps précieux. Chez Kafala & Co, nous pensons que la question n’est pas “faut-il consulter ?”, mais “comment offrir un cadre professionnel rassurant, dès le début ?”

Un tabou culturel encore tenace

Dans de nombreuses familles issues du Maghreb ou d’autres régions où la kafala est pratiquée, l’idée d’aller chez le psychologue reste perçue comme un aveu d’échec ou une atteinte à l’honneur familial. Pourtant, les mentalités évoluent. Les nouvelles générations de parents kafils commencent à intégrer l’importance du bien-être émotionnel et de l’accompagnement post-kafala.

Selon une étude publiée dans La Revue Internationale de l’Action Communautaire, “le recours aux soins psychologiques dans les familles issues de l’immigration maghrébine est souvent retardé, malgré des besoins repérés tôt chez l’enfant ou les parents”.

Et ce retard a un coût : incompréhensions, troubles du comportement, colère inexpliquée, difficultés scolaires, crises identitaires. Des signes souvent banalisés, mis sur le compte de l’adolescence ou de “l’enfant qui teste”, alors qu’ils traduisent parfois une réelle souffrance.

Pourquoi un enfant confié par kafala a besoin d’un cadre psy ?

Un makful (enfant confié par kafala) n’est pas un enfant “comme les autres” au sens administratif et psycho-affectif. Il a été confié à une autre famille que la sienne de naissance, souvent dans un contexte d’abandon ou de rupture sociale. Même si la transition s’est faite sans drame apparent, cette réalité porte en elle une charge invisible. L’adoption internationale ou la kafala judiciaire sont désormais bien étudiées par les professionnels de santé mentale. Les recherches menées par la Haute Autorité de Santé sur le suivi des enfants adoptés montrent que plus de 50 % des enfants adoptés à l’international ont besoin, à un moment ou un autre, d’un accompagnement psychologique (HAS, 2020).

Et pourtant, les enfants confiés par kafala sont trop souvent exclus de ces parcours de soins adaptés.

Quand consulter ? Dès l’amont. Avant même que “ça aille mal”

Chez Kafala & Co, notre conviction est claire : ne pas attendre les signaux d’alerte pour consulter.

L’idéal ?

Dès le projet de kafala, nous recommandons aux parents kafils de rencontrer un professionnel : psychologue, thérapeute familial, ou travailleur social. Cela permet de :

  • Déposer ses peurs ou représentations
  • Clarifier son projet éducatif
  • Anticiper les défis émotionnels liés à l’attachement

Ensuite, dès l’arrivée du Makful, un suivi préventif (individuel ou en thérapie familiale) peut être mis en place.

Ce n’est pas pour “soigner” quelque chose qui va mal, mais pour :

  • Créer une zone de parole sécurisée
  • Poser des mots sur l’histoire du lien
  • Installer une régularité émotionnelle dans la famille

Comme le rappelle la psychologue Geneviève Appell :

“Ce n’est pas l’enfant qui est en souffrance qui vient consulter, ce sont les familles qui prennent soin de lui en amont.”

Des professionnels formés à la kafala : un enjeu clé

Tous les psys ne sont pas forcément familiers des réalités liées à la kafala : non-adoption, absence de filiation, double référentiel culturel, vulnérabilités liées à l’abandon.

C’est pourquoi Kafala & Co travaille en réseau avec des professionnelles formées et impliquées :

  • Leïla, thérapeute familiale et sociale, connaît le parcours des enfants confiés et des familles maghrébines.
  • Sophie, psychologue et consultante en santé mentale, a elle-même été adoptée. Elle apporte une compréhension fine des vécus d’abandon et de recomposition identitaire.

D’autres solutions existent pour les familles :

  • Les COCA (Centres d’Orientation pour l’Adoption et l’Attachement)
    Ce sont des structures spécialisées rattachées aux CHU, qui accueillent des enfants adoptés ou confiés à l’international (y compris via kafala).
  • Les CMPP / CMP enfants :
    Centre Médico-Psycho-Pédagogique gratuit, sur orientation médecin.

Les signes qu’un suivi psy peut être bénéfique

Même sans “crise”, certains indicateurs doivent alerter :

  1. isolement fréquent et replis
  2. Colères fréquentes, crises sans déclencheur clair
  3.  Anxiété face aux séparations (école, vacances)
  4. Rejet d’un parent, comportements ambivalents
  5. Difficultés à parler de son histoire ou questions identitaires très précoces
  6. Troubles du sommeil ou de l’alimentation
  7. Répétition de scénarios “d’abandon” dans le jeu
  8. Régression (pipi au lit, langage enfantin, peur de la nuit)

Ces signes ne signifient pas que “l’enfant va mal”, mais qu’il exprime ce qu’il ne peut encore verbaliser.

Un suivi, ce n’est pas un échec : c’est une chance

Consulter un psy pour soi, pour son enfant ou en famille, c’est :

  • Signifier à l’enfant qu’il a le droit d’avoir une histoire complexe
  • Rassurer en normalisant ses émotions
  • Offrir une base saine pour construire un attachement solide
  • Poser les repères éducatifs de manière contenante et stable
  • “Mieux vaut prévenir que guérir”, dit l’adage. En kafala, mieux vaut sécuriser que réparer.

Kafala & Co : une approche éthique et engagée

Nous croyons que la sécurité affective ne s’improvise pas. Elle se construit, avec le bon entourage. C’est pourquoi nous proposons dans nos accompagnements :

  • Des séances avec des psys partenaires spécialisés
  • Des ressources pour comprendre les besoins psychiques des enfants confiés
  • Des formations aux départements sur les spécificités de la kafala

 SOURCES ET LIENS UTILES

 Conclusion

En kafala, l’enjeu n’est pas uniquement juridique. Il est émotionnel, identitaire, et relationnel. Un suivi psychologique préventif est un acte de soin, pas un signal de faiblesse. Il est temps de briser les tabous pour offrir à chaque makfoul un cadre émotionnel sécure, dès les premiers jours, et pour toute la vie.

Par Kafala & Co – Expertise en Kafala judiciaire, parentalité et soutien psycho-social