Le mythe de l’adoption et la quête d’une identité perdue
Il existe un imaginaire collectif autour de l’adoption et de la Kafala : l’idée qu’un enfant “abandonné” pourra, dès son accueil dans une nouvelle famille, oublier son passé et se fondre dans sa nouvelle identité. Cette vision est non seulement réductrice, mais elle porte en elle des conséquences profondes et souvent dramatiques pour l’enfant. Le parcours de la Kafala n’est pas celui d’une simple “réception” d’un enfant dans un foyer, mais celui d’un long cheminement émotionnel, où la question de l’identité devient centrale.
Mais qu’en est-il de cette identité, celle qui a été construite par l’enfant avant de rejoindre une nouvelle famille ? Comment, dans le contexte de la Kafala, l’enfant peut-il aborder sa quête identitaire lorsque son passé est effacé, ou plutôt relégué à l’arrière-plan ? La société, les institutions et parfois même les parents se concentrent sur l’élévation de l’enfant dans un cadre familial sans toujours se poser la question de l’impact du manque d’informations sur ses racines et son passé.
La Kafala, laisse aussi dans l’histoire de l’enfant une zone d’ombre. Cela peut être une lourde charge pour un enfant, qui devra, tôt ou tard, construire un “moi” à partir de fragments d’informations, souvent éparses, voire inexistantes. Ce processus peut-il se faire dans un climat de bienveillance, ou au contraire, l’enfant portera-t-il à jamais ce fardeau du manque de vérité sur ses origines ?
Un parcours fragmenté : entre quête identitaire et reconstruction familiale
Pour un enfant en Kafala, la première grande question qui surgit est : qui suis-je vraiment ?
Pour que l’enfant puisse se reconstruire, il est crucial qu’il ait accès à un minimum de données sur ses origines. Les éléments de son passé, son histoire familiale, ses antécédents médicaux, sa généalogie… tout cela fait partie d’un puzzle qu’il devra assembler au fur et à mesure de sa croissance. L’absence de ces données crée un vide qu’aucun “nouveau foyer” ne pourra totalement combler. L’adoption, dans son sens le plus profond, n’est-elle pas un acte de restauration de l’identité et non un simple déplacement vers une nouvelle famille ?
Réfléchir à la place du passé dans le présent : un défi pour les parents et les institutions
Les Kafils, à leur arrivée, doivent-ils se préparer à accueillir un enfant qui, en plus de l’amour et de l’éducation qu’il aura à leur offrir, devra également comprendre son histoire et peut-être gérer des traumatismes liés à son passé . Les parents doivent être prêts à accompagner cette quête identitaire, non pas en effaçant l’histoire de l’enfant, mais en la respectant, en permettant à ce dernier de découvrir qui il est réellement, à son propre rythme. L’objectif n’est pas d’oublier ce passé, mais de l’intégrer dans un projet de vie saine et équilibrée.
Cela nécessite une réflexion de fond sur l’accompagnement de ces enfants et sur la manière dont les institutions abordent cette question. Comment les autorités compétentes s’assurent-elles que l’enfant puisse découvrir et comprendre son histoire ? Quelles sont les stratégies mises en place pour donner à l’enfant un cadre où il puisse explorer son identité sans pression ?

L’âme de l’enfant : entre héritage et reconstruction
Dans le contexte de la Kafala, l’héritage de l’enfant devient souvent une zone de flou. Ce qui ne devrait pas l’être, car il est essentiel de comprendre que cet héritage ne concerne pas seulement la transmission de biens matériels, mais aussi celle de valeurs, de croyances et d’une vision du monde. Si la Kafala veut réellement offrir une chance à l’enfant, elle doit le faire en préservant une part de son identité, en le connectant à ses racines sans nécessairement le faire vivre dans le passé.
Une réflexion à mener au cœur de l’institution de la Kafala
La question centrale qui en ressort est la suivante : L’institution permet-elle vraiment à l’enfant de se reconstruire, ou l’enferme-t-elle dans une identité qui lui échappe ? Cette réflexion soulève des enjeux importants pour la société et pour les familles qui s’engagent dans ce parcours. L’accueil d’un enfant en Kafala ne doit pas être vu uniquement comme un acte de charité, mais aussi, comme un véritable engagement à offrir à cet enfant la possibilité de comprendre qui il est. Et, pour cela, il faut rompre avec les mythes entourant l’adoption et comprendre que chaque enfant porte en lui une histoire qui mérite d’être respectée.
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